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LE
MONDE | 22.10.01 | 11h55
Entretien avec Pierre Legendre : "Nous assistons à une
escalade de l'obscurantisme" (extrait)
Au moment où l'Etat
tend à se dessaisir de ses fonctions de garant de la
raison et où le droit n'est plus qu'une machine à enregistrer
des pratiques sociales, la souveraineté du fantasme appelle
le nihilisme
(...)
On ne peut pas imposer par la force ce qui doit être conquis.
La démocratie a été une conquête
en Occident, jusqu'au moment où elle s'est retournée
en devenant la caserne libertaire. De mon point de vue, il y
a connivence de fait entre l'idéologie libertaire et
l'ultralibéralisme. Figurez-vous qu'après la chute
du mur de Berlin, Harvard Business Review a publié un
article intitulé "La démocratie est inévitable".
Désormais, on vous imposera la démocratie comme
le business, y compris sur le mode de la menace. J'ai vu en
Afrique les Etats potiches que nous avons fabriqués.
Sans tradition administrative, ils ne pouvaient qu'être
corrompus. Ainsi ai-je vu par exemple vendre des diplômes.
La doxa de l'ONU et de l'Unesco affirmait péremptoirement
que partout où le progrès technique s'installerait,
la religion se folkloriserait ou disparaîtrait. J'ai pensé
qu'il fallait, au contraire, travailler à faire coexister
l'éducation traditionnelle, y compris l'école
coranique, avec l'enseignement moderne et prendre le temps de
ce métissage. Aussi ai-je dit à l'un de mes mandants
qui professait ces thèses :"A mon avis, l'islam reviendra,
le couteau à la main." Nous y sommes. Les institutions
démocratiques ne s'imposent pas, elles doivent être
conquises par les Etats et par les sujets. (...)
Propos
recueillis par Antoine Spire
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 23.10.01
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