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L'art
des jardins Zen
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La pensée Zen a fortement influencé les Japonais
dans le culte qu'ils vouent à la nature. Mais l'expression de
ce culte de la nature est assez différente de celle des Occidentaux.
Lorsque ceux-ci se promènent dans un parc, ils admirent surtout
les fleurs. Ils peuvent à la rigueur contempler l'eau paisible
d'un bel étang. Les Japonais mettent l'accent sur d'autres éléments:
la pierre, la mousse, le sable, les rochers. Au Japon, certains rochers
sont élevés au rang de trésors nationaux et sont
entourés de fort belles légendes. A Kyoto, les jardins
de Ryoanji sont de véritables compositions abstraites. Telle
est, du moins, la première impression ressentie par l'Occidental.
On y voit un rectangle de sable soigneusement ratissé et quinze
roches, disposées en groupes de cinq. Les Occidentaux ont commencé
par en rire. Certains, cependant, y ont réfléchi et sont
parvenus à saisir leur signification profonde. Ils les ont comparés
à un solo de J. S. Bach.
...
Le travail de l'artiste japonais, nous l'avons dit maintes fois,
a un caractère religieux. La vie spirituelle est dénuée
de compartiments. L'art Zen doit exprimer ou suggérer le climat
des plus hautes vérités enseignées par les maîtres
japonais.
...
Dans le jardin Zen tout est symbolique. Chaque détail
a sa signification spirituelle et psychologique. Au lieu des fleurs
multiples qui charment et distraient l'âme du visiteur "en
surface", les rocs et le sable l'aident plutôt à se
concentrer " en profondeur". Les jardins Zen sont créés
pour la contemplation. Le sable et les rochers constituent les éléments
de base de leur esthétique. La disposition des rochers est rituelle.
Ceux-ci, souvent groupés par trois, forment des triades sacrées.
La disposition verticale ou horizontale des rochers relèverait
de considérations aussi bien philosophiques qu'esthétiques.
... Notons que les quinze rochers du jardin
de Ryoanji ne peuvent être vus en même temps. Ceci nous
enseigne qu'aussi longtemps que nous restons sur le plan de la dualité
et de l'analyse intellectuelle, nous sommes esclaves d'une vision fragmentaire
et limitée des choses. La vision d'ensemble n'est réalisée
que Si nous voyons le jardin d'en haut, à une échelle
d'observation qui l'englobe et le domine. Cette vision globale des choses,
d'un point de vue supérieur et supra-mental, est l'une des bases
du Zen.
... Les jardins Zen sont basés sur
l'art des rochers. Ils renoncent parfois au sable. Pour les Japonais,
le sable représente l'espace vierge. Il est également
une image du vide. Une question se pose alors: Si le jardin a pour but
de suggérer la notion de vide intérieur, pour quelle raison
n'est-il pas formé d'un simple rectangle de sable nu sans rochers?
... Les maîtres actuels du Zen nous
disent que c'est seulement par la forme - mais une forme très
sobre - que les débutants parviennent à saisir la notion
de vide. Le vide, nous dit D. T. Suzuki, doit être un fait d'expérience
au même titre que la perception des couleurs d'une fleur. Le vide
exprimé par l'espace vierge en peinture, par le silence en musique,
l'ellipse en poésie, l'immobilité dans la danse, ne peut
être compris que par le truchement des formes conduisant à
sa perception. Dans les jardins Zen, le sable perdrait sa signification
sans la présence des rochers bien disposés.
... Pour quelles raisons le jardin modèle
doit-il comporter quinze rochers? Parce qu'un seul retiendrait notre
attention avec trop de fixité et d'exclusivité. Deux groupes
ou plusieurs forment des centres d'intérêt multiples et
mettent l'accent sur leurs relations réciproques. Les cinq groupes
de trois rochers ont pour but de souligner l'unité d'une réalité
plus vaste qui englobe le sable et la pierre. La méditation des
jardins Zen dans cette optique doit conduire le spectateur a la compréhension
d'un des Sûtras fondamentaux du bouddhisme, du Ch'an et du Zen,
recommandant la vision "du vide dans la forme et de la forme dans
le vide".
... Les jardins Zen ont donc un but essentiel:
suggérer dans l'esprit de ceux qui les contemplent la perception
d'un certain espace intérieur.
... Les maîtres japonais considèrent
que les matériaux utilisés dans les jardins Zen ont une
importance secondaire. L'élément important, nous disent-ils,
est l'attitude d'approche de l'esprit qui interprète ses données
essentielles. "Le jardin existe en nous", disait D. T. Suzuki.
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D. T. Suzuki: Zen and japanese culture:
éd. Routledge & Kegan, Londres. 1960.
Robert
Linssen, Le Zen.
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