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Les mille et un visages du Concombre Masqué

Extraits d'un entretien réalisé par Benjamin Stroun, à l'occasion de l'exposition organisée par les Affaires Culturelles de Genève.

Mandryka entre dans le monde professionnel de la bande dessinée en 1965. Il travaille à la fois pour Vaillant, journal pour la jeunesse publié par le P.C.F., et Pilote, journal satirique dirigé par René Goscinny. Mandryka y mène une carrière de scénariste et de dessinateur, et multiplie les collaborations. Les pages du "Concombre Masqué" qu'il signe du pseudonyme de Kalkus dans Vaillant sont une variation végétale sur l'histoire de la bande dessinée s'inspirant aussi bien du cryptique "Fantôme du Bengale" par Lee Falk et Phil Davis que du "Copyright " de Forest.

- Beaucoup de choses étaient alors conventionnelles dans la B.D. pour la jeunesse, il y avait toutes sortes d'interdits à ne pas enfreindre. Le "Concombre" était un peu une réaction à cette ambiance générale, une façon d'être décalé pour trancher sur le reste. "Les Aventures Potagères du Concombre Masqué" ont dès le départ sciemment cultivé un ton délirant. Le passage du Concombre dans Pilote en 1967 m'a permis d'approfondir une veine absurde tout en introduisant plus directement des références à la culture et à la politique de l'époque. Ce n'était plus exactement le "Concombre" d'origine, mais j'aimais que ce personnage masqué puisse s'adapter à différents contextes, quitte à changer complétement de personnalité suivant les circonstances. En ce sens, le personnage du "Concombre" se distinguait d'une vision monolithique du héros de B.D. -

À l'origine du justicier schizophrène se trouve un personnage publié par Vaillant, le "Copyright" de Forest, dont le jeune Mandryka continue pour son compte les aventures, inopinément interrompues. Ce prédécesseur qui s'exprime à coups d'exclamations pataphysiques ( "Varlop ! Varlop !" ) se métamorphosera bientôt en "Concombre Masqué".

- J'ai commencé à faire de la bande dessinée recopiant des images tirées de séries de cow-boys comme "Tex Willer" et en y introduisant mes propres textes. J'ai ainsi produit à la main huit numéros d'un journal de bande dessinée intitulà : "Super Digest", que je vendais à mon épicier. Je me suis servi plus tard de tout ce que j'avais appris du surréalisme dans les premiers Walt Disney, du délire orchestré dans les films des Marx Brothers et de l'héroïsme d'opérette des "serials" de Flash Cordon. Je notais les éléments qui me plaisaient et je partais sur ma propre histoire. Je procéde actuellement encore souvent de cette façon... -

Lire : "Les 1001 inflences du Concombre Masqué" - un interview par André Chourave...

Le retour du refoulé

En 1972, Claire Brétécher, Marcel Gotlib et Nikita Mandryka révolutionnent le monde de la bande dessinée francophone en fondant L'Echo des Savanes, magazine satirique résolument indépendant et en phase avec les profondes métamorphoses qui traversent toute la société française. Cette revue trimestrielle, qui s'adresse expressément à un public adulte, offre à la bande dessinée des conditions optimales pour déployer des récits originaux.

- J'avais envie de faire un journal du même format qu'un comic book américain, avec différentes histoires complètes par plusieurs auteurs. Le choix de Claire Brétécher et Marcel Gotlib m'a semblé évident parmi les auteurs satiriques autour de moi. J'étais très heureux de travailler dans Pilote, simplement je voulais essayer une autre approche : s'emparer de sujets laissés à la littérature et au cinéma et s'autoriser à travailler dans les mêmes conditions que celles qui sont concédées à un écrivain. Chacun travaillait en toute liberté pendant trois mois pour produire seize pages qui, une fois réunies, donnaient L'Echo des Savanes. Pendant deux ans, L'Echo fut un magazine trimestriel, ce qui permettait à Brétécher, Gotlib et moi-même de concevoir des pages avec un soin particulier. Cela me changeait des planches réalisées souvent dans l'urgence pour un hebdomadaire. -

Après le départ de Brétécher et Gotlib, L'Echo passe à une formule mensuelle et ouvre ses portes à d'autres collaborateurs dont Martin Veyron, Yves Got, René Pétillon, Vuillemin, Ted Benoit, Moebius, Druillet, Jacques Lob, Solé, Carali, etc... ainsi qu'à toute la B.D underground américaine, dont Crumb, Kurtzman et Wood. Mandryka en sera le rédacteur en chef durant sept ans. Durant cette période, il s'essaye entre autres à une satire psychédélique du pouvoir dans sa série "Staline est de retour", avec le "Concombre" dans le rôle du dictateur. Naturellement, les contraintes commerciales d'un mensuel entraînent un risque d'uniformité et, de façon générale, des possibilités éditoriales moins fertiles.

Le Concombre en capitaine d'entreprise

En 1981, les Editions Dargaud acquièrent Charlie Mensuel, un titre important de la presse indépendante, et nomment Mandryka au poste de rédacteur en chef. Dix-sept numéros plus tard, Mandryka jette l'éponge. Son expérience de rédacteur en chef à Pilote quelque temps plus tard ne sera pas plus concluante. -

- Au début des années 80, le concept de journal n'était plus considéré comme la base du travail d'une maison d'édition de BD, mais comme une étape à la publication en album. L'album de B.D s'est imposé comme format dominant, réduisant la place du journal, qui offrait plus de possibilités d'expérimentation. Au bout du compte, on s'est retrouvé avec un objet étrange, constitué de fragments d'histoires, ce qui n'est plus véritablement un journal, mais une sorte de catalogue de prépublication. Et cela ne pouvait plus intéresser les lecteurs. Ils ont préféré attendre tout simplement la sortie de l'album. C'est une des raisons, à mon avis, de la disparition progressive des journaux de BD. -

www.chourave.com

Dans les années 90, Mandryka décline son univers sous toutes sortes de formes. Il réalise notamment une version du "Concombre" pour le journal Spirou, ainsi qu'une campagne de publicité pour le compte des conserves Saupiquet. En 2000, il crée son propre site : www.chourave.ch (qui n'existe plus, remplacé en 2002 par www.leconcombre.com)

- J'ai eu envie de faire un magazine de bande dessinée sur le Net avec des planches originales, des dessins animés de mes personnages, une sorte d'Echo des Savanes sur Internet. Débarrassé de la contrainte d'édition ou de distribution, il me semblait possible d'expérimenter en toute liberté. Cela m'a permis de mettre à disposition des visiteurs toutes sortes de travaux, nouveaux et anciens, dont de nombreuses histoires du "Concombre Masqué" qui ne sont plus disponibles. Ce site fonctionne actuellement comme un outil de communication et de promotion pour mon travail. -

En route pour de nouvelles aventures

- Je planche actellement sur deux projets de B.D :

- Une nouvelle histoire du Concombre Masqué, à raison d'une page hebdomadaire que je place sur le nouveau site du Concombre masqué : www.leconcombre.com et qui paraitra ultérieurement en album.

- Une série sur l'informatique dans notre vie quotidienne à paraitre en Juin dans Spirou, que je travaille avec Michel Thiriet comme scénariste. Elle s'appelle : CYBER TIMES. On peut en voir les premières planches (en exclusivité sur www.spirou.com).

Et je prépare pour l'année prochaine la publication d'un premier album de l'intégrale du "Concombre". -

Mandryka : Biographie Express

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