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Serial
et Bandes Dessinées : A.B.C. des
comics adaptés à l'écran
(établi en 1963 par René Chateau et Claude Guillot)
Filmographie
des Serials
COMICS
ET CINÉMA
(A propos
du Serial et des Bandes Dessinées)
Un
flirt perpétuel
Batman
/ Blondie /
Brick Bradford / Bringing Up
Father / Bruce Gentry /
Buck Rogers / Captain
Marvel
Charlie Chan /
Dick
Tracy / Don Winslow
/ Flash Gordon / Dashiell Hammett
/ Hypocrisie / Joe
Palooka / King
Li'l Abner
/ The
Lone Ranger / Mandrake
/ The Phantom /
Popeye / Prince Valiant
/ Alex Raymond /
Sad Sack
Secret Agent X9 / Spy
Smasher / Superman / Tarzan
/ Terry and The Pirates / Tim
Tyler's Luck
...
Il est bien difficile d'établir lequel, du cinématographe
ou du Comic-Strip, est né le premier. Pour les Américains,
le comic-strip date de l'apparition en 1896 dans le NEW-YORK WORLD de
Joseph Pullitzer d'une bande dite THE
YELLOW KID, dessinée par Outcault deux ans après que
Thomas Edison ait montré à New-York son fameux Kinétoscope.
Mais en Europe, on est tenté d'accorder la précédence
aux COMIC CUTS du Britannique DAILY MAIL et même, dans l'utilisation
courante du "ballon", aux LUNDIS en "dessins périodiques"
de Caran d'Ache qui datent de 1876. De toutes manières un flirt
s'est ébauché, d'emblée, entre les deux genres,
qui n'est pas près de s'apaiser.
... Les
films à épisodes, dès leur première floraison,
ont été l'exact équivalent des bandes illustrées,
et l'on a vu FLASH GORDON ou
BATMAN poursuivre leurs exploits à rebondissements hebdomadaires,
soit sur les écrans des quartiers, soit dans les journaux du
dimanche, avec le même public, les mêmes coups de théâtre,
la même emprise inégalable.
... Les
vertus cinématographiques du comic-strip sont évidentes
: dans certaines bandes comme TERRY ET
LES PIRATES ou STEVE CANYON, le découpage, les cadrages,
le dialogue, et jusqu'aux éclairages ou à la mise en place
des acteurs sont ceux d'un véritable film. Un dessinateur comme
Milton Caniff écrit des scripts complets et des dialogues établis
selon des fiches caractérielles des personnages qu' il a créés,
et auxquels il ménage autant de surprises qu'à son lecteur
(ou devrait-on-dire, son spectateur ?) La mise en scène est identifiable
par un style personnel, et l'on peut dire sans exagération, que
STEVE CANYON jouit d'une direction à la Howard Hughes, que PRINCE
VAILLANT est mené à la Michael Curtiz, Luc
Bradefer à la Cottafavi (qu'on se souvienne de cette réplique
du héros après avoir abattu un oiseau-rock géant
" Puisque cette créature voulait me dévorer, il est
juste que je me nourrisse d'elle "), tandis que Chic Young et Al
Capp s'apparentent à Frank Tashlin, Rae Van Buren à Léo
Mac Corey, et Chester Gould au Fritz Lang de MABUSE. Inversement il
est permis de remarquer que bon nombre de films qui n'ont avec les pages
illustrées aucun rapport immédiat sur le plan de l'adaptation,
sont conçus et réalisés selon l'esthétique
même des comics. LES TROIS DIABLES ROUGES relève directement
de l'Agent Secret X 9, LE GÉNÉRAL
EST MORT à L'AUBE de Terry
et les Pirates, LES GÉANTS DE THESSALIE de Brick
Bradford, SABOTAGE à BERLIN de Blackhawk.
... Imbriqués
à ce point l'un à l'autre, les deux genres ne font même
plus état d'un cousinage indéfini, ils sont carrément
frères, et comme tels se singent sans rien apercevoir. Le succès
des héros dessinés est si grand que des acteurs célèbres
reprennent à leur compte telle renommée infaillible, dont
l'emprise les fascine : Orson Welles a tellement aimé les aventures
de L'OMBRE qu'il incarna avec délices
l'ineffable Lamont Cranston pendant deux ans à la radio américaine.
Et je me souviens avoir entendu en 1944 une Command Performance à
la N.B.C. où une impressionnante brochette de vedettes s'était
distribué avec humour les râles de l'immortelle série
de Chester Gould : Dick Tracy était joué par Bing Crosby,
Tess Trueheart par Dinah Shore, Shaky Phil par Frank Sinatra, Snowflake
par Judy Garland, Flattop par Bop Hope, etc...

Dick Tracy, dessin animé U.PA. 1961
...
Les auteurs de comics
s'inspirent ouvertement de certaines vedettes pour créer leurs
personnages épisodiques. Milton
Caniff dessina Miss Mizzou d'après sa vedette favorite Marilyn
Monroe. Mme Lynx était bâtie sur le modèle d'Ilona
Massey, célèbre pour ses rôles d'espionne continentale,
et la mystérieuse Dragon Lady était visiblement une réincarnation
de Marlène Dietrich. Flattop le gangster de Chester
Gould, dont la mort affola l'Amérique en 1952, ressemblait
trait pour trait à Edward G. Robinson. Quant à Al Capp,
il n'a jamais fait mystère du fait que son Li'l Abner était
calqué sur le Henry Fonda des années trente, que l'on
cantonnait dans des rôles de jeune et naïf bûcheron,
tandis que Daisy Mae s'inspirait de Madeleine Carroll. Al Capp adore
faire intervenir dans LI'L ABNER des
vedettes de l'écran à peine déguisées comme
Groucho Marx, Danny Kaye, Jimmy Durante, et il vexa horriblement Liberace
en le travestissant sous le nom de Liverache, c'est-à-dire "
maladie de foie ". Outre le fait que sa Femme-Loup est un hommage
direct à Jane Russel, Capp invite régulièrement
des modèles célèbres à venir poser pour
lui. Ainsi Marie Blanchard fut à l'origine de la séduisante
Stupe Fying Jones.

Steve Canyon, de Milton Cannif :
les vertus cinématographiques du comic-strip sont évidentes.
... Pour
compliquer les choses, certains films ont donné naissance à
de prospères bandes dessinées. Charlie
Chan fut adopté avec bonheur par le dessinateur Alfred Andriola,
Clyde Beatty fut sérialisé par Jim Chambers, et le fameux
documentaire de Frank Buck RAMENEZ-LES
VIVANTS devint un strip riche en péripéties que dessinait
Ed Stevenson. Des films à succès comme LE
CAPITAINE BLOOD (1)
(2)
(3)
(4),
LES CHEVALIERS
DE LA TABLE RONDE, VINGT
MILLE LIEUES SOUS LES MERS (Site)ont
été découpés et montés selon l'optique
de la surprise hebdomadaire, et datés au surplus d'épisodes
nouveaux. On a même vu, ce qui est un comble, un comic strip issu
du film de Hathaway, PRINCE VAILLANT,
et qui n'avait plus rien de commun avec le personnage inimitable de
Hal Foster. Enfin, certaines vedettes populaires, comme jadis Charlot,
sont mythifiées par la parution en comic-book de leurs "
aventures fictives " ; ce fut jadis John
Wayne, devenu chasseur de baleines en souvenir d'un de ses premiers
films, Roy Rogers
(Site)et Hopalong
Cassidy (Site),
fidèles à eux-mêmes, on voit maintenant paraître
les BOB HOPE, les JERRY LEWIS
comics, qui brodent sur des situations à la Taurog ou à
la Tashlin (1).
... Où s'arrête donc la bande
dessinée, où commence le cinéma ? La chose est
difficile à établir. Maintenant que la Télévision,
compliquant les choses, vient amener domicile ce supplément à
la page du dimanche qui deviennent les émissions comme HAZEL
ou DENNIS LA MENACE, on a plus que jamais l'impression d'une combustion
globale, selon des appareils de brevet différent, de la même,
de l'éternelle matière première. Le renouveau du
dessin animé à la TV, avec Hanna et Barbera, disposant
de plusieurs émissions comme THE FLINTSTONES, RUFF and REDDY
ou HUCKLEBERRY HOUND, est sanctifié par la parution hebdomadaire
d'un Comic-book " Hanna et Barbera ", où ces personnages
poursuivent leur route parallèle, dans l'imagination du spectateur.
... Qui s'étonnera dès lors
du pouvoir colossal qu'ont certains créateurs sur les foules
qu'ils conditionnent, cajolent, et malmènent toute leur vie,
de l'enfance à leur âge adulte, au travers des comics et
de leurs compléments ? Un pouvoir que sûrement les historiens
de l'avenir étudieront avec autant de précision que d'effarement...
Robert
BENAYOUN
LA METHODE, FEVRIER
1963
...
(1) On sait que Tashlin lui-même, avant de devenir metteur en
scène, dessina des comics. On rêve des films que réaliserait
un Al Capp ou un George
Mac Manus.

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Serial
et Bandes Dessinées : A.B.C. des
comics adaptés à l'écran
(établi en 1963 par René Chateau et Claude Guillot)
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Paru
dans LA METHODE
REVUE DE CINÉMA
N°10 FEVRIER 1963
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