Economie

Salade franco-hollandaise sur le concombre

Les Pays-Bas accusés de faire chuter les prix en France.

Par Frédéric PONS

Le mardi 07 mai 2002

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Alerte, le prix du concombre est en chute libre ! "Des pièces de 400 à 500 grammes en baisse jusqu'à 0,50 euro la pièce, on n'a pas vu ça depuis des années", se désolent les responsables du rayon légumes chez Auchan. Cette brutale déflation concombresque remonte à quelques semaines, depuis que le torchon brûle entre la France, quatrième producteur mondial de cette cucurbitacée (60 000 tonnes par an), et les Pays-Bas, numéro un planétaire de la spécialité devant l'Espagne et la Grèce. "La faute en incombe aux Néerlandais qui écoulent leur excédent chez nous à des prix de dumping", se plaint Bruno Scherrer de la Fédération nationale des producteurs de légumes (FNPL). Le 26 avril, les producteurs français en colère n'ont pas hésité à s'en prendre aux consulats hollandais : à Brest, Perpignan et Nantes, ils ont condamné les portes des consulats avec des cageots de concombres.

Surproduction. A l'origine de l'invasion des concombres néerlandais, un marché européen en surproduction. Conséquence : une baisse des prix payés aux "serristes", ces agriculteurs particuliers qui font pousser légumes et fruits sous la protection de serres, ce qui permet une production régulière pendant la quasi-totalité de l'année. "Cette semaine, le kilo de concombres était payé 52 centimes d'euro au producteur contre 76 centimes d'euro le kilo au cours de la même semaine de 2001, sachant qu'un kilo représente environ 2,2 concombres", constate Bruno Scherrer. Or, "pour vivre bien", un producteur de concombres devrait dans l'idéal obtenir 45 centimes d'euro par pièce. Les dernières rumeurs en provenance du marché d'intérêt national de Rungis ne sont guère encourageantes : "Certaines pièces se négocieraient à 18 centimes d'euro alors que le vrai prix de marché devrait ces jours-ci être de l'ordre de 30 centimes d'euro par pièce", s'indigne un professionnel français.

"Nous organiserons une rencontre entre agriculteurs français et néerlandais dans les jours qui viennent pour aplanir ce petit différend", assure l'ambassade des Pays-Bas à Paris pour calmer le jeu.

Industrie. Mais les producteurs hollandais ne sont sans doute pas près de déposer les armes : contrairement à leurs concurrents français, ils ont su faire du concombre une véritable industrie. "Elle repose sur une organisation très intégrée mêlant les producteurs et les négociants. En France, nous n'en sommes pas là", relève Bruno Scherrer.

Les concombristes français en appellent "à la responsabilité des acteurs de la filière qui, par leurs achats, ne doivent pas cautionner de telles pratiques [de dumping, ndlr]". La grande distribution est priée d'acheter du concombre français plus cher que le hollandais !

En attendant, les producteurs du Lot-et-Garonne ont trouvé une diversification prometteuse, tournée vers le haut de gamme : place au "baby concombre", plus petit de 15 centimètres, plus ludique, plus tendre... et plus cher. Donc plus rentable.

Frédéric PONS

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