Réforme au Vatican :
Une Fable Express de Gotlib et Mandryka

"Le pape est mort, un nouveau pape est appelé à règner! Araignée!
Quel drôle de nom pour un pape! Pourquoi pas libellule ou papillon" Jacques Prévert.



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Le Pape est mort : Vive le Nouveau Pape !

Vive Pie XIII !








Mandryka © 2004





  l'Express du 18/04/2005  
  Église
Les calculs du conclave
de nos envoyés spéciaux Claire Chartier, Jacques Duquesne


 
 

Entre théologie et géopolitique, pôle conservateur et pôle réformiste, aux cardinaux chargés de trouver un successeur à Jean-Paul II de trancher. Ils avaient déjà beaucoup débattu avant de s'enfermer au Vatican

"Le conclave? Mais il a déjà commencé, sauf que l'on ne vote pas encore!" Ce prélat romain s'esclaffe et explique: le conclave dont il parle ne s'est pas tenu durant les congrégations générales que, selon la règle, le doyen des cardinaux, Mgr Ratzinger, a réuni chaque matin de la semaine. Ces séances étaient surtout formelles. Pour une raison très simple: les allocutions - en principe limitées à sept minutes par prélat - se font en italien. Or la plupart des cardinaux ignorent cette langue. Le latin, lui, appartient définitivement au passé.

Les vrais débats - conclave avant le conclave - se sont ouverts ailleurs: lors de rencontres discrètes entre groupes de cardinaux, l'après-midi ou le soir, dans l'une des multiples maisons religieuses de Rome. Mgr Ratzinger, encore lui, a voulu les empêcher et imposer en outre à ses pairs une consigne de silence - du jamais-vu dans ces circonstances. Le cardinal allemand, donné favori, entendait mener le jeu, peut-être à son profit ou à celui du jeune archevêque de Vienne, Mgr Schšnborn, religieux dominicain, son disciple en théologie, ou du patriarche de Venise, Mgr Scola. Mais cette interdiction n'a pas tenu: les cardinaux, venus des quatre coins du monde et dont beaucoup ne se connaissent guère, voulaient s'écouter, réfléchir ensemble. Et ils savaient bien qu'au conclave officiel ils n'en auront pas toujours le temps: on y vote quatre fois par jour (sauf pour l'ouverture solennelle) et chaque scrutin s'étale presque sur deux heures, l'électeur déposant son bulletin en respectant une procédure stricte et longue. De leurs réunions on pouvait, en fin de semaine, tirer plusieurs enseignements:

1. "Nous venons de vivre les plus belles heures du pontificat de Jean-Paul II", a lancé un cardinal après les funérailles du pape polonais. Emus, les prélats n'ont toutefois pas été aussi impressionnés qu'on le pense par l'affluence des pèlerins à la basilique Saint-Pierre. Au moins la moitié de ceux-ci, souligne-t-on, étaient polonais ou appartenaient à des groupes très structurés. En outre, il serait vain de chercher un personnage qui aurait immédiatement la même "aura", le même écho médiatique.

2. La partie ne se joue pas entre des groupes nationaux. La plupart sont divisés. Contrairement à ce qui a été répété, le Vatican n'a pas nommé, dans chaque pays, des cardinaux de même tendance. La raison: il s'agissait de représenter toutes les orientations de la catholicité. Les mauvaises langues, nombreuses à Rome, ajoutent: et de diviser pour régner. Ainsi les Italiens sont-ils désunis, ce qui diminue leurs chances. Au grand dam de leurs concitoyens rêvant d'une sorte d'alternance: italien, non italien. Un seul homme a tenté de faire l'union de ses propres cardinaux: George W. Bush lui-même. Comme par hasard, c'est le chef d'Etat qui s'est le plus attardé dans la capitale italienne, et non pour bavarder avec Silvio Berlusconi. Les cardinaux américains pencheraient pour un conservateur modéré. Pas l'un d'entre eux, ils le savent: leur pays, première puissance mondiale, ne peut pas prétendre au Saint-Siège. D'où, pour quelques-uns, l'hypothèse de l'Amérique latine, leur voisine.

3. Le continent latino-américain abrite aujourd'hui le plus grand nombre de catholiques au monde. Et beaucoup de ses habitants pensent qu'il devrait fournir le prochain pape. Lors des réunions romaines ont surgi quelques réserves: les Européens, notamment, ont tendance à juger la ferveur de ces Eglises-là un peu superficielle. D'autant qu'elles sont très concurrencées désormais par les protestants évangéliques - tendance George W. Bush - dont les missionnaires, riches en dollars, se répandent aussi en Afrique, en Asie, voire en Europe. Il en a beaucoup été question ces jours derniers à Rome. Un cardinal latino-américain a cependant retenu l'attention: l'Argentin Jorge Mario Bergoglio. Inconvénient: il est jésuite, ce qui inquiète, parce que son ordre est trop puissant. Mais un peu en froid avec celui-ci, ce qui rassure. Avantage: il est à demi-italien, et il a fait carrière à la curie. Les cardinaux qui le connaissent bien pourraient en fin de compte pencher pour lui.

4. Ceux qui raisonnent en termes de "géopolitique religieuse" s'intéressent aussi à l'Asie, continent du XXIe siècle, où les catholiques sont très minoritaires. Un nom a été parfois prononcé: celui de l'archevêque de Bombay, Ivan Dias, 68 ans, le bon âge. Il a appartenu, lui aussi, à la diplomatie du Saint-Siège. l'élection d'un pape indien ferait sensation. Ici se pose justement la question, traditionnelle dans les conclaves, de l'attitude de la curie. Les cardinaux - pas tous italiens - peuvent se rallier à ce choix. Mais à certaines conditions. Une préoccupation, en effet, les unit (pour être cardinal, on n'en est pas moins homme): ils souhaitent rester à leur poste.

5. Bien entendu, les problèmes du gouvernement de l'Eglise et de ses rapports avec la société ont beaucoup occupé les discussions. Tous se réfèrent, certes, au concile Vatican II. Mais l'interprètent différemment, car ce fut un concile de compromis. Jean-Paul II, personnalité rayonnante mais écrasante, était revenu en arrière sur une grande réforme conciliaire, la "collégialité", qui donnait plus de pouvoir au collège des évêques et aux Eglises locales. Beaucoup s'en sont plaints.

Alors? A la veille du conclave, deux grands ensembles émergent: un pôle conservateur très structuré et emmené par Ratzinger, qui jouirait déjà d'une quarantaine de voix parmi les 115 électeurs et bénéficie du soutien de l'Opus Dei, lequel peut rassembler une dizaine de cardinaux. l'autre pôle, plus réformiste, rassemblerait une trentaine de suffrages. Le "faiseur de pape", de ce côté, serait le cardinal Martini. Entre les deux, des voix éparpillées feront sans doute la différence. "Le conclave ne devrait pas durer longtemps, car les cardinaux ne souhaitent pas donner l'image d'une Eglise qui doute", assure une source très proche de la curie. D'autres n'attendraient pas le nouveau pape avant mercredi. Il serait le fruit d'un rassemblement autour d'un portrait-robot: un conservateur modéré capable d'assurer la transition après un très long pontificat, affirmant son souci des pauvres, acceptant une certaine décentralisation et disposé à montrer un jour quelque ouverture, par exemple, sur l'usage des méthodes contraceptives. Mais nombre de conclaves ont réservé des surprises. Des rapprochements imprévus se forment. Et puis, disent les croyants, intervient un personnage trop souvent oublié: l'Esprit-Saint.

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  Garde du pape: la relève

Que va-t-il devenir?

Maintenant que Jean-Paul II n'est plus, Stanislas Dziwisz, le dévoué secrétaire du pape défunt, attend que le prochain pontife tranche sur son sort. "Staszeck", comme le surnommait affectueusement le Saint-Père, n'a pas immédiatement quitté ses pénates du Vatican après les obsèques, contrairement à la coutume qui veut que les secrétaires déguerpissent sitôt célébrées les funérailles pontificales. Tous les vaticanistes se souviennent du départ précipité de soeur Pasqualina, la secrétaire de Pie XII, montée seule dans un taxi, sans un geste d'adieu ni de remerciement. Cette fois, Jean-Paul II lui-même avait demandé dans une lettre que son homme de confiance puisse demeurer quelque temps dans l'appartement qu'il occupait juste au-dessus du sien. Stanislas Dziwisz a tout de même fini par déménager quatre jours après la cérémonie à 15 kilomètres de Rome, dans la Casa Polacca, la maison des pèlerins polonais. Détesté à Rome, où on lui reprochait d'écouter aux portes et de verrouiller l'accès au pape, l'ancien "pontife bis" n'est guère plus attendu en Pologne, où nul ne souhaite voir accéder à l'archevêché de Cracovie cet ecclésiastique promu trop vite, qui n'a jamais été en contact direct avec les fidèles. Les autres membres du clan polonais de la curie - Mgr Nowak et Mgr Rylko, ainsi que le cardinal Grocholewski - devraient également plier bagage. Quant aux trois religieuses polonaises qui ont bichonné Jean-Paul II pendant vingt-sept ans - l'infirmière, la cuisinière et la responsable de la correspondance - elles se trouvent désormais au chevet d'un autre de leurs concitoyens, le vieux cardinal Andrzej Maria Deskur, lui aussi très proche de Jean-Paul II, qui finit ses jours tout près du Vatican. Parmi les personnages qui ont marqué la fin du pontificat de Jean-Paul II, Joaquin Navarro-Valls est l'un de ceux qui s'en tireront peut-être le mieux. Le très habile porte-parole du bureau de presse du Vatican continue à diffuser les bulletins d'information aux médias durant cette période de vacance du pouvoir et pourrait bien être confirmé à son poste par le nouveau pape. Sinon, l'ancien journaliste, membre de l'Opus Dei, n'aura guère de difficulté à se recaser dans le secteur privé: un fauteuil l'attend déjà au comité d'éthique de Geox, célèbre fabricant de chaussures italien. A Rome, on murmure aussi qu'il préparerait ses Mémoires. Un "coup éditorial" inédit, et indubitablement juteux.
 
 
Jean-Paul II urbi et orbi - Les calculs du conclave - © l'Express
 

  l'Express en ligne du 20/04/2005  
  Benoît XVI
Un nouveau pape de 78 ans
par Pauline Lecuit


 
 

Depuis mardi, l'Eglise catholique a un nouveau pape, le 265ème. Joseph Ratzinger est allemand, il a 78 ans, et il s'appellera désormais Benoît XVI

S'élevant du toit de la chapelle Sixtine, où les 115 cardinaux électeurs étaient réunis en conclave depuis la veille, une fumée blanche a annoncé l'élection le mardi 19 avril à 17 h 49, du nouveau pape, annonce rapidement relayée par les carillons des églises Maria, La Rota, Campanella, Predica et les deux bourdons de la basilique Saint-Pierre puis, de Paris à Cracovie en passant par Madrid, Zagreb et La Havane, par les cloches du monde entier.

Le nouveau pape a été élu au quatrième tour de scrutin par au moins 77 évêques, soit la majorité requise des deux tiers des participants au conclave. Le cardinal premier diacre, le Chilien Jorge Arturo Medina Estevez, est ensuite venu au balcon de la basilique Saint-Pierre annoncer en latin l'identité du nouveau pape, Josephus Cardinalem Ratzinger, et son nom : Benedetto XVI, Benoît XVI .

Le souverain pontife s'est alors avancé, revêtu de l'une des trois soutanes de tailles différentes préparées par la maison Gammarelli, le tailleur des papes, et a salué la foule qui l'ovationnait en chantant l'Habemus papam. Les mains jointes levées devant son visage, il a donné sa première bénédiction urbi et orbi, à la ville et au monde. Celle-ci a été accueillie par une ovation de joie des quelque 100 000 fidèles réunis place Saint-Pierre.

L'élection de Benoît XVI a été saluée par des personnalités du monde entier. Les membres de l'Eglise épiscopale d'Allemagne ont accueilli avec satisfaction la nouvelle de l'élection d'un enfant du pays. Plusieurs responsables religieux en Israël et des représentants de la puissante organisation catholique conservatrice Opus Dei en Espagne, Allemagne et France ont assuré le nouveau pape de leur soutien. George W. Bush et la reine Elizabeth II, chef temporel de l'Eglise anglicane, ont également fait part de leurs voeux au nouveau souverain pontife.

Des réactions sont cependant venues nuancer cet élan d'enthousiasme. Parmi les inquiets: les médecins spécialistes du sida, les militants des droits des femmes et des homosexuels qui regrettent le choix d'un pape qui a déjà fait preuve de conservatisme sur les questions de moeurs. Mais aussi les fidèles d'Amérique latine - près de la moitié des catholiques (49,8%) dans le monde - qui craignent que cette élection ne donne un coup d'arrêt à l'oecuménisme.

Joseph Ratzinger n'est en effet pas un inconnu, contrairement à Jean-Paul II en 1978. Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, il faisait partie du cercle rapproché de Karol Wojtyla. Loin d'être le cardinal de terrain souhaité par les "modérés" et les "progressistes", il est le chef de file des conservateurs, surnommé avec fierté "le grand inquisiteur" par ses partisans. Il a notament multiplié les interdits depuis 1981 : sur l'ordination des femmes, le mariage des prêtres, l'homosexualité, le communisme, l'entrée de la Turquie dans l'Europe, etc.

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  l'Express en ligne du 20/04/2005  
  Benoît XVI
Bio express
par Lilia Roger


 
 

16 avril 1927 : Joseph Ratzinger naît à Mark-am-Inn, dans le diocèse bavarois de Passau en Allemagne. Il est fils d'un commissaire de gendarmerie, issu d'une vieille famille d'agriculteurs.

1946-1951 : il étudie la philosophie et la théologie à l'université de Munich et à l'Ecole supérieure de philosophie et de théologie de Freising.

29 juin 1951 : il est ordonné prêtre.

1953 : il soutient sa thèse, Peuple et maison de Dieu dans la doctrine de l'Église de saint Augustin, et devient docteur en théologie.

1962 : il est expert théologique de l'Archevêque de Cologne, le Cardinal Joseph Frings, au concile Vatican II.

1969 : il est nommé professeur ordinaire de dogmatique et d'histoire des dogmes et vice-président à l'université de Ratisbonne.

24 mars 1977 : il est nommé archevêque de Munich et Freising par le pape Paul VI.

27 juin 1977 : il est fait Cardinal par Paul VI.

25 novembre 1981 : Jean-Paul II le nomme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi puis président de la commission biblique pontificale et de la Commission théologique pontificale internationale.

6 novembre 1998 : il est élu vice-doyen du collège des Cardinaux.

30 novembre 2002 : il est doyen du sacré collège des Cardinaux, pour assurer le gouvernement de l'Eglise catholique et présider l'assemblée des cardinaux.

19 avril 2005 : il devient pape le sous le nom de Benoît XVI.

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